Bidonville à Santiago du Chili

diplome d’architecture sur les bidonvilles

1. Les Bidonvilles à Santiago

Ce chapitre est destiné à faire une approche globale de la situation des bidonvilles à Santiago du Chili, du point de vue de l’histoire, d’un point de vue politique et d’un point de vue économique. Comment les bidonvilles ont-ils participé à donner la forme actuelle à la capitale du Chili ? J’y explique les différentes politiques et l’histoire des logements sociaux, qui ont toujours été perçus au Chili comme le stade d’habitation découlant de l’habitation populaire.

Bien que mon projet ne traite pas du logement, j’en parle car le logement et ses politiques ont défini l’actuel espace public dans les quartiers populaires de Santiago, tout comme l’histoire a défini la perception de cet espace public.

Santiago

Santiago est la capitale du Chili. Avec 36% de la population globale soit un total de 16.436.000 millions, elle fait presque 6 millions d’habitants (5.917.000).[1]

Comme référence, la ville de Santiago (appelé Le Grand Santiago) est conformée par 32 communes, chacune d’entre elles avec une administration indépendante du gouvernement local. L’équivalent en France serait par exemple la CUB avec ses différents villes (Bordeaux, Floirac, Talence, etc.).

Santiago est une ville complètement dégroupée, sans un centre bien défini, même si la ville est le centre économique du pays. Chaque commune à crée ses propres centres sans aucune relation entre elles. Ces centres sont en grande partie issus de la géométrie. Santiago est situé dans une espèce de « cuvette », complètement entourée de montagnes. Par l’existence des différentes communes qui l’entourent, le centre est souvent utilisé comme un lieu de passage ou de travail. Le logement commence à se développer maintenant en son centre avec le soutien de la mairie et les différents aides qu’elle propose, afin d’utiliser le centre de la ville de Santiago comme une zone d’habitation aussi.

L’évolution d’un(e) (bidon)ville

Les bidonvilles à Santiago existent depuis longtemps. A partir des années ’50, avec le changement de l’économie globale, la forme des villes des pays sous développés a été radicalement transformée.

A Santiago l’émergence des bidonvilles est arrivée de la même façon que dans d’autres pays sous développés. Elle a commencé avec le phénomène de l’exode rural. Dans cette première migration, les gens se posaient dans les quartiers où le loyer était le moins cher de la ville ou dans les non-lieux (vides urbains, friches), spécialement à coté du fleuve de Santiago (Le Mapocho).

Il existe de documents qui parlent de la croissance de Santiago depuis la première moitié du XIX siècle, mais l’existence des premiers bidonvilles est bien décrite dans la revue EURE, faite à l’Université Catholique du Chili. « (…) C’était les indiens qui se sont installés aux alentours des villes espagnoles depuis leur fondation au XVI ème siècle et qui étaient destinés à fournir de la main d’œuvre pour les travaux publiques et privés qui devaient se réaliser dans ces villes »[2]. Les bidonvilles étaient à ce moment là un accessoire nécessaire pour la ville.

« A la fin du XIXème siècle, l’intendance de Vicuña Mackenna (…), définit un nouveau périmètre pour l’extension de la ville, avec comme première intention de générer tout un système d’approvisionnement et de stockage. C’est à ce stade de la croissance de la ville que l’on peut alors parler de l’idée moderne de périphérie en tant que lieu opposé aux valeurs du centre. Ce fait est lié au phénomène de l’industrialisation où apparaît le caractère urbain du lien dû aux activités productives et à ses matérialisations spatiales. La configuration de cette ceinture n’est pas un simple tracé linéaire. Media idéal pour le transport des matières premières et des produits manufacturés, elle véhicule toute une série de programmes liés aux fonctions de production industrielle du moment. Ce périmètre montre l’ambiguïté de sa conformation : une succession de lieux, une frange de terrains pour la localisation de programmes liés à la périphérie ».[3]

Après l’urbanisation de Vicuña Mackenna vers la fin du XIXème siècle, Karl Brunner, urbaniste autrichien, a essayé de rompre cette première barrière de la ville de Santiago en faisant des voies de connexion entre les différentes communes de la ville de Santiago. D’accord, les voies de connexion étaient faites, mais la ségrégation entre les différentes communes, ensemble avec leurs administrations, indépendantes d’un rêve commun, n’a pas permis de créer une seule et grande unité.

Les bidonvilles en tant que tels n’existaient pas vraiment, il existait des différents formes de habitations populaires[4]. En gros, on peut résumer les différents types d’habitation populaire jusqu’aux années 70 dans le cadre suivant :

1. Prédominance de formes légales : El Inquilinato[5] (1830-1940).

a) location de terrains

b) location de « chambres rondes », chambres dans de « conventillos »[6] et chambres dans des bâtiments détériorés.

2. Prédominance de l’occupation illégale de terrains sans bail et, quelques fois, de façon violente (1950-1970).

[7]

Plus au moins, à partir de l’année 1840 que la ville de Santiago a commencé à prendre sa forme, avec la création des villes « murs », qui essayent d’arrêter l’arrivée des nouveaux habitants, en urbanisant autour de la ville de Santiago.

Le fort control que l’état exerçait sur le droit à la propriété privée vers les années ‘10, ne permettait pas l’occupation illégale des terrains. Il était toléré seulement « l’occupation illégale des terrains dont le statut n’est pas claire ou bien propriété de l’état pour une utilisation publique du terrain, tel que les rives du fleuves ou les rivières d’écoulement des eaux ».[8]

« Durant la première moitié du XX siècle les propriétaires de terrains autour de Santiago ont arrêté de louer des petites places et ont commencé à diviser les grands terrains en petits lots, que la classe moyen (en augmentation), pouvait louer, voire acheter, ces lots à des meilleurs prix que les groupes pauvres de la ville.(…) Ce phénomène d’échappement de la classe moyenne a permis aux groupes pauvres d’avoir une place dans le centre de la ville, dans les ‘conventillos’ ou dans les maisons vides qui restaient. Aussi ils se sont installés sur les rives du fleuve Mapocho (…), dans des terrains qui s’offraient à ceux qui ne pouvaient pas payer un loyer. »[9]

Durant l’année 1952 au Chili s’est réalisé le premier recensement de logements dans le pays[10], et c’est seulement à cette époque que fut réalisé le premier recensement des bidonvilles, moment où le gouvernement a accepté l’existence de ce type de logement et qu’il a commencé à proposer des différents plans contre le déficit de logements au Chili.

Carlos Hurtado parle de 3 changements structurels dans l’économie qui ont provoqué directement ou indirectement les déplacements de la population chilienne entre 1930 et 1952[11] :

« la fermeture de l’économie au commerce extérieur et la croissance de la manufacture. (…) les taux de croissance à Santiago sont passés de 84000 personnes en 1930 à 201000 en 1952 (…).

La mécanisation de l’agriculture, a été un deuxième changement significatif dans l’économie, (…) qui a fait augmenter de 1557 tracteurs en 1936 à 14177 en 1955 (…), en augmentant la main d’œuvre seulement en 4000 personnes entre 1940 et 1952.

La croissance des services. Le commerce, transport, stockage et communications, des services et des autres activités pas spécifiées, ont grandi de tel manière qu´ils ont cumulé 51% de la force total de travail entre 1930 et 1952.

De cette manière la population de Santiago est passée de 696.231 en 1930 à 1.907.378 en 1960. »

« C’était déjà en 1952 qu’habitaient dans les bidonvilles environs 75.000 personnes soit 6,25% du total de la population de Santiago ; quatorze années plus tard ce chiffre avait augmenté soit 201.217 personnes, ou 8,05% du total des habitants de la ville ; et en 1970 (…), ce chiffre avait augmenté jusqu’à 346.380, ce qui représentait 13,4% de la population totale de Santiago. Finalement, en 1973(…), la population des bidonvilles arrivait à 500.000 personnes, ce qui faisait presque le 18% des habitants de la capitale selon le recensement de 1970. »[12]

En 1959 a été réalisée une étude à l’Université du Chili sur la provenance de la population du Santiago. Cette étude disait que « plus d’un tiers (36% de la population de la capitale, environs 630 mille personnes, sont nés en dehors de celle ci (…) »[13]. Au moment de la forte industrialisation du pays, l’immigration était indispensable pour son développement.

Vers la fin des années 50 et durant touts les années 60, c’était la partie sud de la ville de Santiago qui a été définie par l’action de l’état et les différents tomas qui ont eu lieu. C’était durant la période du gouvernement du président Alessandri (1958-1964), qu’a été favorisée la pérennisation des campements avec les politiques mises en place, politiques soutenues par une grande quantité de pauvres, spécialement dans la zone sud de la capitale (communes de San Miguel, La Cisterna, La Granja). Mais « les quartiers sociaux était une expérience à double tranchant : d’un coté, c’était une réussite quantitative par rapport à la construction de logements sociaux, mais de l’autre coté une espèce de reproduction amplifiée d’une nouvelle situation de pauvreté urbaine ».[14]

Le nord de la ville développe une forte croissance sous le gouvernement du président Frei (1964-1970), même si avant, l’occupation des terrains était quelque chose de normal dans la ville. La différence entre l’urbanisation des bidonvilles au nord et au sud de la capitale était la participation de l’état. L’urbanisation des bidonvilles au nord s’est caractérisée par l’autoconstruction. Le plan du gouvernement (nommé Operación Sitio[15]) donnait des lotissements aux familles, lesquelles étaient chargées de construire leur propre maison.

La fréquence des occupations illégales de terrains durant le gouvernement du président Alessandri, a obligé le gouvernement à prendre des mesures plus massives, représentés par l’autoconstruction. Cette solution était séparée en deux étapes : une première étape, consistant à donner le site avec seulement un bloc sanitaire de 8m², et une deuxième étape, consistant à donner un logement de 38 m² qui pouvait s’agrandir dans le temps par l’autoconstruction ou par des entreprises.

La fin des années 60 et début des années 70 se caractérisent par le mouvement social des plus pauvres pour l’obtention d’un toit. La demande des logements n’était pas seulement une demande de toit, mais l’envie d’un vrai changement de base dans la société, la demande d’une «politique de réorganisation distributive de la ville (…). Les problèmes associés aux logements n’étaient pas seulement un ensemble de donnés statistiques de notre sous-développement, mais l’expression d’un des plus grands problèmes sociaux du pays ». [16]

« Le changement le plus radical (…) était le mouvement entre les conventillos et bidonvilles vers les quartiers populaires définitifs. Ce changement n’était pas mineur, car il a impliqué le fait de laisser derrière un passé d’urbanisation précaire, instable et la menace permanente d’une humanité – environs un tiers de la population de Santiago – appauvrie jusqu’au limite de la survie »[17]

« Chaque gouvernement a eu des occupations de terrains significatives : le gouvernement du président Ibañez (1952-1958), la toma de La Victoria, qui a provoqué l’accélération des plans de l’état par rapport au logement populaire ; le gouvernement d’Alessandri (1958-1964) a eu la toma de Santa Adriana, qui a représenté une critique assez dure sur la politique de logements de l’état. Le président Frei (1964-1970), la toma de Herminda de la Victoria (…), qui a ouvert la période la plus significative d’occupations de terrains, qui n’ont pas arrêté jusqu’au milieu de l’année 1973 (…). »[18]

L’organisation des habitants pauvres existait depuis longtemps, même avant la politisation du mouvement social des pauvres aux années 60 ; l’état et la société civile ont contribuée à renforcer les dynamiques d’organisation du peuple. Toute cette tradition d’organisation du peuple a été détruite après le coup d’état. Les réunions groupales ont été interdites. Les espaces publics ont cessé d’être les liens, les connecteurs entre les différentes personnalités de la ville. Comme dans le note Bertrand Renaudin dans son TPFE « un Parc inondable à Santiago », la ville de Santiago est morcelée, ce sont des « fragments de ville les uns à coté des autres », avec des espaces vides, des friches entre eux, « un assortiment de terrains vides, une large gamme de zones sans signification ».

A

vant l’arrivé du président Salvador Allende (1970-1973), toutes les politiques gouvernementales du logement étaient destinées à faire participer la population dans la construction de leur propre logement avec l’autoconstruction. Le gouvernement du président Allende considérait le logement comme un droit, raison pour laquelle l’autoconstruction n’était pas trop prise en compte. Si bien que les politiques de la période étant très radicales (Plan de Emergencia de 1971), le gouvernement n’a pas pu accomplir les buts proposés. A la fin de l’administration Allende pratiquement tout le monde avait un endroit pour vivre, même si ce n’était que le terrain avec le minimum des installations.

L’année 1975 sera l’une des plus décisives pour la ville de Santiago, car avec l’arrivée du dictateur Pinochet au pouvoir en 1973, toutes les politiques libérales et économiques imposés par la Banque Mondiale et le Fond Monétaire International furent imposées au pays.

La même année la ville établit la première politique de Développement Urbain pour Santiago. On élimine les limites d’expansion urbaine en laissant ouvert le développement de la ville, ses infrastructures, ses sols à l’équilibre du libre marché.

En 1979 on élimine définitivement les normes sur les « limites urbaines » ; comme les différents impôts et régulations qui permettaient de contrôler la croissance de la ville, dont les plus importants sont l’impôt sur la propriété des sites vides et l’impôt sur la transaction de propriétés. On élimine toutes les occupations précaires qui avaient « poussées » dans des sites qui avaient un prix très élevé, pour permettre le développement d’un marché immobilier[19]. « Le sol urbain n’est plus une ressource limitée : son insuffisance (…) est la conséquence d’un manque d’harmonie entre les normes techniques et légales avec lesquelles on prétend guider le développement urbain et les conditions d’offre et demande qui dirigent les marchés immobiliers »[20]

Ainsi la permanence des bidonvilles se déplace, sans considération des politiques absentes. L’image suivante montre la situation des campements dans l’année 1985 à Santiago. A cause du prix des terrains, les moins chers étaient les cibles principales des promoteurs pour construire des logements sociaux, et les cibles principales aussi pour les plus pauvres. Mais le manque de promoteurs pour construire des logements sociaux a permis l’arrivée et l’établissement de nouveaux campements. Rejetés en périphérie, les logements sociaux et les bidonvilles utilisent les mêmes territoires géographiques.

Le plus significatif de la période de la dictature fut la construction des logements sociaux en périphérie, et l’imposition d’une politique qui n’était pas adaptée à créer une mixité entre les différents niveaux sociaux de la population de Santiago. Cette politique (qui représentait la position de l’état) n’a pas permis non plus le développement d’un réseau social, car toute organisation possible du peuple était dangereuse pour la continuité du gouvernement militaire. Comme je le disais plus haut, le mouvement social des années 60 a complètement disparu après la dictature et avec eux les espaces d’expression matérialisés par des points de respiration de la ville. Eliminer les points de rencontres, les lieux d’échanges, c’est aussi éliminer la résistance. Les gens n’avaient plus qu’à accepter les règles du jeu de la dictature.

« La privatisation brutale de l’économie chilienne, opérée par la dictature n’est pas le seul aspect, dans le champ urbain, elle fut la privatisation de l’espace, l’aliénation de la rue ».[21]

Le rôle d’une politique du logement en réponse au déficit

A partir de la deuxième moitié du XIXème siècle, l’état commence à s’occuper du déficit de logements, car le secteur privé n’était pas capable de les fournir à toute la population. Au début du XIXème siècle on voit naître les premières lois.

Jusqu’à la fin des années 50 c’était le gouvernement qui s’occupait directement des problèmes des logements, même s’il a eu quelques lois qui ont fait participer le secteur privé (Ley Pereira nº 9135 de 1948 ou DFL nº2 de 1959). Les politiques menées par le président Alessandri ont été développées plus dans le sens de l’autoconstruction, politiques qui ont ensuite changées durant le gouvernement du président Allende, car le logement est un droit qui doit être facilité par l’état selon ses prémisses idéologiques.

Durant le gouvernement militaire, les politiques menées étaient radicalement différentes à celles du gouvernement antérieur. Le logement était un bien qui s’obtenait avec la persévérance et l’épargne personnelle, ce qui à la fin a permis aux familles qui avaient plus de ressources, l’obtention plus rapide d’un logement, en laissant sans logements les familles les plus pauvres. Le secteur privé s’occupait principalement de la question du logement, en achetant les terrains, développant les projets, la construction, l’administration et même le financement des logements.

Vers la fin du gouvernement militaire, le principal problème pour les plus pauvres (vu l’interdiction radical d’occupations illégales de terrains) a été (et continue à être d’une certaine façon) el allegamiento[22].

Avec le nouveau changement du gouvernement en 1989, la Concertación [23] a préférée construire plus de logements en quantité, mais pas en qualité, dû à la peur de se retrouver encore face à l’occupation illégale de terrains des années 60. C’est de la qu’est né le système PVP (Programme de logement progressif), qui permettait, comme son nom le suggère, l’agrandissement dans le temps du logement. En termes de quantité, le cas du logement social chilien est un des meilleurs exemples dans la réalité latino-américaine, mais en qualité, le gouvernement n’a pas pu arriver à de bons standards. Bien que l’on ait une grande quantité de logements, quels en sont les espaces publics ?Pour quelle qualité de vie ? Les logements sociaux se caractérisent aujourd’hui par ses taux de délinquance, de drogues et de surpopulation. La façon dont les logements ont été dessinés n’a pas permis un agrandissement, une adaptation du logement.

Dans les dernières années, le gouvernement a mis un accent plus fort sur l’accès au logement pour 20% de la population la plus pauvre, avec des programmes comme le VSDsD (Logement Social Dynamique sans Dette) ou le FSV (Fond Solidaire pour le Logement), qui permettent plus d’organisation et de libertés de construction pour les plus pauvres.

La Quinta Monroy

Un des exemples phare de logement social du gouvernement actuel a été la Quinta Monroy, dans la ville d’Iquique, au nord du pays. Le projet a été la pérennisation d’un bidonville très bien situé au centre de la ville. Bien sûr les habitants avaient la possibilité d’avoir de logements plus grands mais en dehors du centre ville, dans une périphérie stigmatisée par la délinquance et les drogues.

Le programme de financement est destiné aux familles les plus pauvres, qui n’ont pas la possibilité de payer un crédit. La famille participe avec U$300 et l’état finance U$7200, pour payer en même temps le sol, l’urbanisation (différents réseaux) et le logement, ce qui permet à la famille d’être propriétaire d’un logement sans avoir de dette avec l’état ou autre. Ce système permet la construction de logements d’environ 30 m², surface qui sera agrandie dans le temps avec l’effort personnel. Le système constructif permettait d’avoir deux « maisons » en RDC et 3 autres en R+1 et R+2 avec la même trame constructive. Chaque « maison » avait la possibilité d’agrandissements progressifs dans le temps. En même temps, les familles pouvaient rester dans le même endroit où ils avaient habité pendant les 30 dernières années.

Sur le site, c’étaient les familles qui décidaient qui allaient être leurs futurs voisins dans les sous quartiers qui allaient être construits. La surface totale du terrain était de 5700 m², avec une superficie construite de 3620 m². Le prix par m² étaient d’environ U$196. Le projet a été très bien réussi dans le sens administratif et budgétaire, même dans la participation des habitants par rapport aux décisions prises, mais il n’y a pas eu une vraie participation des habitants dans la construction du projet dans le sens de la construction même (pour diminuer les coûts).

L’imposition d’une Economie globale, pourquoi pas une économie locale ?

Avec le changement des politiques économiques au Chili, qui favorisent une accumulation du capital de la part de grandes entreprises, le petit commerce de quartier a commencé à disparaître. Pas seulement à Santiago, sinon un peu partout dans le monde, on voit se construire de plus en plus de grands centres commerciaux, d’énormes supermarchés souvent construits dans les zones périphériques autour de la ville, dans des anciennes friches industrielles. On y voit des grands parkings remplis de voitures pendant la journée, mais personne une fois la nuit arrivée. Par ailleurs, la perception de ces espaces est d’une grande sécurité le jour : la foule à l’intérieur des centres commerciaux nous protége, on se croit dans un espace public (car il y a du monde) tandis que c’est un espace complètement privé et sécurisé. La nuit, la perception est le danger, car il n’y a personne qui puisse nous protéger si jamais il nous arrive quelque chose. On sent la même insécurité autour de ces espaces, derrière la grille qui sépare l’espace privé de l’espace public.

La dictature marque l’espace public dans les années 70, modifiant pour toujours la perception de celui-ci dans les mémoires santiaguines. Santiago n’accepte plus de se confronter à elle-même. L’objectif actuel est le développement économique en dépit de la reconstruction d’un espace d’expression. Les seuls espaces d’expression ou presque sont les panneaux publicitaires, image de notre socièté de consommation.

Dans les bidonvilles (souvent construits dans les non-lieux), le sentiment est le même que dans le grands centres commerciaux, (une certaine) sécurité le jour, mais une complète insécurité la nuit. En développant une économie locale à l’échelle du quartier, on peut permettre une utilisation de l’espace le jour comme la nuit. Cette économie locale (vu l’idée de développer une espèce d’économie coopérative) répond aux besoins des habitants du même quartier, dont « sa défense » dépend d’eux aussi. Cette économie locale permet de développer le quartier d’une façon autonome par rapport à l’aide de l’état ou de quiconque, en créant un fort esprit de communauté. Ca permet en même temps la réappropriation de l’espace public dans des lieux sans mémoire, sans histoire. Les bidonvilles n’ont pas de mémoire, ils vivent au jour le jour sans arriver à reconnaître et intégrer les limites de son propre espace. La peur d’être expulsés, conséquence de la période dictatoriale, ne leur permet pas de tisser des liens entre les nouveaux usages de la société et les espaces publics précédents, représentants de l’expression populaire d’antan.


[1] Source: CEPAL (Comisión Económica para América Latina y el Caribe) Anuario estadístico para América Latina y el Caribe 2006, http://www.eclac.org (mai 2007)

[2] Armando de Ramón “La Población Informal. Poblamiento de la periferia de Santiago de Chile, 1920-1970”, dans Mattos, Figueroa, Bannen, Campos (editeurs), Santiago en EURE, Huellas de una metamorfosis metropolitana, 1970-2000, page 279. T.de A.

[3] RENAUDIN, Bertrand. TPFE« Un parc inondable comme nouvelle identité », page 25.

[4] Armando de Ramón “La Población Informal. Poblamiento de la periferia de Santiago de Chile, 1920-1970”, dans “Santiago en EURE, Huellas de una metamorfosis metropolitana, 1970-2000”, page 280. T.de A.

[5] Mot espagnol qui vient de inquilino (locataire). Cette mot était anciennement utilisé pour décrire la personne qui hébergeait, mangeait et travaillé chez son patron, en échange de la main d’œuvre. Cette forme de « location » était une certaine manière d’esclavage, car l’ouvrier n’arrivait jamais à payer pour lui et sa famille le prix de la location imposé par son patron avec son travaille.

[6] Anciens cités ouvrières, de plusieurs chambres louées indépendamment à chaque famille.

[7] Olds Grant, Harry. Valparaíso 1900. Fotografías. Edición de José Luis Granese Philipps. Santiago, Universidad Diego Portales, Fundación Andes, Sudamericana de Vapores, 1998.

[8] Armando de Ramón “La Población Informal. Poblamiento de la periferia de Santiago de Chile, 1920-1970”, dans Mattos, Figueroa, Bannen, Campos (editeurs), Santiago en EURE, Huellas de una metamorfosis metropolitana, 1970-2000, page 286. T.de A..

[9] Idem 7, page 283.

[10] Il faudra bien savoir qu’à cette époque la il n’existait pas un Ministère du Logement (créé en 1965), et que touts les problèmes liés aux logements étaient en relation directe avec le Ministère de Travaux Publiques.

[11] Carlos Hurtado, Concentración de la población y desarrollo ecomómico: El caso chileno, Université du Chili, Institut d’Economie, 1966, dans Mario Garcés. « Tomando su sitio, el movimiento de pobladores en Santiago, 1957-1970 »., page 100.

[12] Armando de Ramón “La Población Informal. Poblamiento de la periferia de Santiago de Chile, 1920-1970”, dans Mattos, Figueroa, Bannen, Campos (editeurs), Santiago en EURE, Huellas de una metamorfosis metropolitana, 1970-2000, page 286. T.de A..

[13] Institut d’Economie, Université du Chili, La población del Gran Santiago, Santiago du Chili, 1959, dans Mario Garcés. « Tomando su sitio, el movimiento de pobladores en Santiago, 1957-1970 », page 89.

[14] Luis bravo dans Mario Garcés. “Tomando su sitio, el movimiento de pobladores en Santiago. 1957-1970”, page 195.

[15] Operation Site.

[17] Idem 15, page 423.

[18] Idem 16, page 350.

[19] Francisco Sabatini “Reforma de los mercados de suelo en Santiago”, dans Mattos, Figueroa, Bannen, Campos (editeurs), “Santiago en EURE, Huellas de una metamorfosis metropolitana, 1970-2000”, page 402.

[20] Institut d’Economie, Université du Chili, La población del Gran Santiago, Santiago du Chili, 1959, dans Mario Garcés. « Tomando su sitio, el movimiento de pobladores en Santiago, 1957-1970 », page 403.

[21] DHUICQ, Noélie. TPFE « Courts métrages à Santiago », page 25.

[22] Mot qui désigne l’habitation de plusieurs familles dans un même terrain. Normalement ces gens font partie de la famille (fils, frères, etc.) et qui n’ont pas d’argent suffisant pour payer un loyer.

[23] Groupe des partis contre la dictature.

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